Hommages


Hommages


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à Eric, Comte de Suin que je remercie pour le travail en cours, 
la confiance et l'amitié.


Aux familles De Suin...


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Jean-François Crétenet (1882-1944) 


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A la mémoire de Francis Desbois, des familles Danjoux et Decrozant
de Suz' Prabel ma mère et Ernest Laurent, mon père, ce doyen...



Hommage à mon Cher Ernest, mon père, ce doyen de Suin...
Ernest Laurent, décembre 2011
Hopital de Pont de Veyle.


Ernest, ce doyen, s'est éteint dans sa 99è année le 19 janvier 2012 à 10h30



Très cher Papa,

A Saint Etienne sur Chalaronne, tu naquis le 25 novembre 1913 à la ferme du domaine de Saint Martin, où tu dépensais ton enfance avant d’emménager avec ta famille dans la maison de briques rouges du château de Vanans, Saint Didier sur Chalaronne, où reposent tes parents, puis en fin t’installais à Thoissey. C’est sur ces terres de Dombes - Val de Saône que tu as vécu trente de tes plus jeunes années, entre sirènes, frissons, guinguettes et petit bal du samedi soir...
Très attaché à cette terre, tes racines, tes sources, De Bey en Bresse à Garnerans en Dombes et Grièges, de Chaleins à Misérieux, tu quitteras « ton pays » pour l’ouest lyonnais, où tu donneras trente-cinq années à l'Institut Pasteur de Lyon en fondant ta famille, jusqu’à l’heure bien méritée d’une retraite qui vous conduira en Charolais, racines de ton épouse, déracinement, qui ne fût pas aussi simple pour toi.


Au décès de maman en 2006, pour les liens forts que toi et moi avions tissés il y a bien longtemps et l’humanisme qui nous caractérise, Patrice et moi avons répondu d’une seule et même voix au respect de ton choix, celui de continuer la route en famille, valeur commune essentielle.


C’est dans ces conditions que nous avons pu t’entourer d’affection, tendresse et bonheur, et que nous avons choisi de t’accompagner dans la dignité et la douceur quatre années, jusqu’à ce que ta dépendance grandissante et mes lourds ennuis de santé nous obligent à passer le relais à l’hôpital local de Pont de Veyle en 2010 , où tu fus accompagné jusqu’à ce dernier souffle, jeudi matin.

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Ta naissance donc, à la veille du cataclysme historique que l'on sait, cette grande guerre qui marqua tes premières années, avec ta seule Maman et deux de tes frères alors que Claude, ton père s'activait dans les tranchées. Plus chanceux que beaucoup, il en reviendra en 1919, et c’est enfin à cinq ans, que tu feras connaissance avec ton père.


Autant dire que ta petite enfance fût des plus douloureuses, d'autant que s’éteindront au début du conflit, tes deux grand-pères et que s’y ajoutait le malheur de ceux, des tiens, qui rentraient des tranchées blessés ou ne rentraient pas, ainsi tes oncles Jean-Marie Broyer Laurent Villecourt & Jean-Claude Broyer.
Votre famille s’agrandira encore avec la venue de deux petits frères. L’un d’eux, Roger décédera à l’âge de deux ans, ainsi resterez-vous quatre garçons.





Tu dépenseras ta jeunesse entre le travail de la ferme et celui des blés de Saint-Martin, entre batteuse et chevaux, entre chanson et musique avec Raymond ton jeune frère, et deux amis de grande considération, Antonin Tapona, ‘un frère’ qui disparaîtra à 20 ans, ce dont tu souffriras longtemps, et Jean-Marie Chevelu, tes deux conscrits, ce dernier venu vivre à Saint André d’Huiriat où il repose aujourd’hui.


En 1933, te voilà en bateau, traversant la Méditerranée pour l’Algérie, le temps de ton service militaire à Oran en tant qu’infirmier.


Dans les soubresauts de la première moitié du siècle dernier, celui de maints conflits et de la mobilisation, appelé en tant que brancardier en 1939 tu partiras pour la Savoie. Débutera alors une longue marche de plusieurs mois dans l’Est de la France, foulant après ton père le « chemin des Dames », marche qui se poursuivra dans le Nord et jusqu’au centre de la France pour arriver en juin 1940 en Creuse et célébrer la fin de cette drôle de guerre au milieu de cerisiers rouges aux fruits mûrs à point.
Que de souvenirs émus sous le sourire que tu affiches en nous racontant ce temps des cerises !

Puis ce fût le début d’une longue période d’occupation. Rentré à Thoissey, tu assisteras à la rafle de plusieurs camarades que tu ne reverras jamais. Après t’avoir pointé un revolver sur la tempe, on te libèrera après seulement quelques heures, seul…


Nous t’entendrons souvent évoquer les heures sombres et difficiles de ta jeunesse et de cette guerre, les couleurs de la liberté, l’un de tes maître-mots.


C’est au cours de cette période, que, vendangeant au château de Chasselas en 1943, tu croiseras les yeux bleus d’une belle brune, Suzanne Prabel que tu épouseras et avec qui tu auras sept enfants. Vous vivrez en côte à côte 62 années relevant le pire et savourant le meilleur. Le pire portant les prénoms de Jacques, Gisèle Edith & Mireille, tes enfants perdus. Edith et Mireille, jumelles si petites, trop petites, Jacques, l’enfant de cristal. Gisèle, âme d’artiste non exprimée qui fera le choix de nous quitter en 2005Le meilleur étant la restauration de la fermette « chez Francis », votre havre de retraite, mais surtout ces jardins immenses et ta passion pour la culture et la terre dont tu me disais en l’égrenant « d’elle, je peux dire ce que contient chaque grain ».





De ta vie, tu me confieras que le plus cher sera ta famille, tes enfants que tu as soignés et choyés, ton mariage et la terre, s’entend le travail agricole que tu n’avais pas vraiment choisi et qui laissait bien peu de place aux partages avec l’enfance. En effet, tu répèteras tout au long de tes chemins avoir toujours voulu être forgeron plutôt que travailler la terre. Pourtant tu restais dans cette exploitation immense de Saint-Martin pour soutenir tes parents, notamment Jeanne-Marie, ta maman, à qui tu vouais une affection intense,dévoué jusqu'au sacrifice.

Grand travailleur, d’un tempérament calme autant que plaisantin, humble, humain et poète dans l’âme, celui qui n’allait pas te "chercher" ne pouvait pas te trouver ! Ainsi étais-je, de tes enfants, la plus complice… veine de la petite dernière, résonnance de ta fin de vie !


Les six années que nous venons de partager dans la tendresse l’amour la confiance et l’échange nous ont permis c’est certain, d’entrer dans bien des champs tus jusqu’alors. Ta mémoire infaillible nous avait même permis de lancer ensemble notre généalogie, nécessaire et surprenante, laquelle, plus que nous enseigner, t’aura permis de revoir quelques-uns des tiens perdus de vue voire inconnus, que je sais tous prêts de toi en ces derniers instants.


A souligner les retrouvailles importantes de tes nièces Nicole, Monique et Paulette, leurs enfants Thomas, Grégoire et leur famille, qui se rapprochèrent de ta fin de vie avec émotion tendresse et affection. Ta dernière sortie à Saint André fût d’ailleurs cet été pour profiter d’une journée avec eux, comme une revanche sur les longues années qui vous avaient séparés, la vie...

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A l’hôpital, où nous te rendions visite chaque jour et chaque soir, tour à tour, Patrice et moi t’aidions au dîner car ta cécité de fin de vie t’empêchait de manger seul. C'est ainsi que nous aurons profité de toi, et toi de nous, jusqu'au dernier jour, y compris, - et ce fût un plaisir immense - lorsque tu me gratifieras de ta présence alors qu'hospitalisée six mois après deux lourdes chirurgies...
Je n'oublierai jamais papa ce que tu as partagé là. Je n'oublierai et n'oublie pas ta peine, lorsque touchant ce lourd corset tu me diras être comme était Jacques, votre fils, et je n'oublierai pas ton inquiétude à savoir si  remarcherai... Tu es un grand homme papa, et d'émotion, je frissonne encore...


Depuis quelques jours épuisé mais conscient, tu appelleras ton fils au cours d’un repas de midi et me diras avoir "vu" ta fille Gisèle (…)
Mercredi tu prendras ton choux à la crème avec moi…  existe t'il plus gourmand que toi ?
S’ensuivra un ultime sourire à ton gendre, une poignée de main infinie comme un long merci, un bonheur, un adieu, et tu t’endormiras accroché à ma main, signe évident que tu allais tourner une des dernières pages d’un livre bien plein que ton esprit, ta gentillesse extrême, ton humour, ton élégance et ta philosophie signeraient sous peu.


Ce fût ton dernier goûter, ton dernier sourire, ta dernière nuit… Tu t’éteignais jeudi matin en douceur, et nous voilà autour de toi pour ce dernier rendez-vous…



Ainsi aujourd’hui mon petit Papa Nénesse, en quittant « ton pays » pour rejoindre ton épouse en Bourgogne, ta « dame brune » tu quittes terre et famille. Les caresses à ton front me manqueront longtemps, ta voix douce aussi.
Gageons que tu retrouveras ceux de tes enfants partis, eux, bien trop vite au grand jardin d’Eden !

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Je finirai par des remerciements chaleureux eu égard aux personnes qui ont entouré Ernest et pris en charge sa dépendance à nos côtés durant presque six années, à savoir :
le SSIAD de la Guiche, Florence et Christine, le cabinet de Marie Cécile et Alain, pour les infirmiers,
Eléonore, Corinne, Marie-Christine, Evelyne, Isabelle, pour les auxiliaires de vie et aides ménagères,
l’AAPAI de Saint Bonnet de Joux, l’ADAPA de Chalamont,
enfin l’EHPAD de Pont-de-Veyle et tout le personnel du service qui t’a accompagné avec nous, empreint de respect, douceur, talent, chaleur et professionnalisme.

Je remercie aussi tous ceux des tiens qui t’ont visité, entouré de leur amitié ou affection, qui ont contribué à te donner la fin de vie la plus heureuse et respectueuse possible.

Au-delà de tout et tous Papa, je tiens à accompagner ton dernier sourire d’un merci très personnel à Patrice ton gendre, "mon presque fils" disais-tu, souligner en cette maison bénie mon infinie reconnaissance pour la complicité établie avec toi… Pour ta générosité, ton humanisme, pour le partage et l’affection Patrice, merci grand !

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Pour conclure, c’est toi que je veux remercier infiniment Papa, pour les échanges qui nous ont permis de nous trouver sur la même ligne droite à sensibilité égale, valeurs égales, douceurs égales… cette ligne où se couchaient nos similitudes à égale distance de nos différences.

Premier amour, tu es et resteras ma plus belle histoire. Ta grandeur est à jamais gravée au pourtour de mon cœur, comme les petits baisers que tu aimais à donner sans compter…

… Mais je crois qu’il est temps pour toi d’aller retrouver Suzanne…


Avec notre profond respect, notre affection et mes baisers petit Papa Nénesse.


Jade Vuaillat Laurent


Hommage lu en l'église de Saint-André d’Huiriat
le 24 janvier 2012.


Inhumation cimetière de Suin
Hommage des anciens combattants

et
Lecture du poème "Liberté" de Paul Eluard.



"Les vieux" chanson de Jacques Brel
dédicace à mon petit père le 11 février 2012


Ernest Laurent et son arrière petit fils,
Sacha Vuaillat, 5 mois




Je t'aime mon petit Papa !






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